Une industrie de défense performante, mais encore vulnérable dans sa capacité à produire davantage
La France peut concevoir des équipements militaires de premier plan sans pouvoir en augmenter rapidement la production. Une seule entreprise défaillante, une compétence devenue rare ou un composant soumis à une autorisation étrangère peut retarder toute une chaîne. Pour les armées, cela signifie des livraisons différées et une dépendance envers des décisions prises ailleurs.
Le problème touche particulièrement les sous-traitants. Dans son rapport de novembre 2025 sur le budget 2026, le Sénat indique que plus de 75 % du marché de la défense passe par les grands maîtres d’œuvre industriels. Une perspective de commande annoncée à un grand groupe ne garantit donc pas à une PME un volume ferme lui permettant d’embaucher ou d’acheter une machine.
Le même rapport reprend une estimation de 4,1 à 5,8 milliards d’euros de besoins de financement en fonds propres et assimilés, à l’horizon 2030, pour les capacités industrielles. Ce montant ne représente ni une facture à payer intégralement par l’État ni un déficit de financement encore intact aujourd’hui.
La hausse des commandes pose aussi un problème de trésorerie : les fournisseurs doivent engager des dépenses avant de recevoir le paiement des livraisons. Les entreprises les plus fragiles peuvent ainsi manquer de moyens au moment même où leur activité augmente.
Des dispositifs de soutien et des relocalisations existent déjà. La difficulté est de transformer l’effort financier en capacités de production durables sur toute la chaîne, sans financer des installations inutilisées ni laisser subsister des dépendances qui limitent notre liberté d’action.