Cyberdéfense : une attaque informatique peut interrompre une mission militaire ou une livraison indispensable
La puissance militaire dépend aussi de systèmes numériques moins visibles que les avions ou les navires : maintenance, approvisionnement, communications, dossiers techniques et outils de production. Leur indisponibilité ou l’altération de leurs données peut retarder une opération, immobiliser des équipements ou compromettre des informations sensibles.
Le risque s’étend aux fournisseurs. Une entreprise qui produit une pièce difficilement remplaçable peut devenir un point de rupture pour plusieurs programmes. Protéger les grands groupes et les réseaux militaires ne suffit donc pas à garantir la continuité de la chaîne industrielle.
En 2025, 1 366 incidents ont été portés à la connaissance de l’ANSSI, contre 1 361 en 2024. Ce décompte concerne son périmètre d’observation national, pas les seules armées ; il ne mesure ni toutes les attaques ni leur gravité. Il illustre une pression persistante, sans permettre d’affirmer une explosion annuelle des incidents.
Des moyens de cyberdéfense et d’accompagnement des industriels existent. Mais disposer d’un diagnostic, d’un contrat de sécurité ou d’une sauvegarde ne prouve pas que les failles prioritaires sont corrigées ni que l’activité pourra effectivement reprendre dans un délai acceptable.
La dépendance à des prestataires, à des logiciels anciens et à des services distants complique encore la maîtrise du risque. Une interruption extérieure peut avoir des effets même sans intrusion dans les réseaux militaires.
Le défi est de rendre la continuité des missions vérifiable, jusque chez les fournisseurs indispensables. Les informations publiques ne permettent pas de chiffrer précisément les vulnérabilités militaires ; cette limite interdit de conclure à une défaillance générale comme à une protection suffisante.