La France occupe une place particulière en Europe : elle conserve la pleine maîtrise de sa dissuasion nucléaire, tout en proposant à ses partenaires européens une « dissuasion avancée », annoncée par Emmanuel Macron le 2 mars 2026. Dix pays y participent : le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Pologne, la Grèce, la Finlande, la Norvège, la Suède et le Danemark. Les formes de participation diffèrent. Le Royaume-Uni coopère en tant que puissance nucléaire indépendante, sur la base de la déclaration de Northwood de juillet 2025. Il a d’ailleurs participé en octobre 2026 à un premier exercice commun, avec des Typhoon escortant des Rafale français. Les autres pays sont associés par des groupes de pilotage bilatéraux, c’est-à-dire un groupe par partenaire.
L’objectif est de donner une dimension européenne à la dissuasion française, en associant les pays volontaires à des exercices communs et à des échanges de renseignements. Le dispositif prévoit aussi des « déploiements de circonstance », c’est-à-dire l’accueil temporaire d’avions français capables d’emporter l’arme nucléaire. Leurs modalités restent à préciser dans les discussions bilatérales, qui ne font que commencer. La décision d’emploi demeure exclusivement française, et l’initiative ne crée pas de garantie de défense collective de type article 5. Les pays baltes n’y figurent pas, et l’Italie a refusé d’y participer.
Cette architecture repose largement sur la confiance politique et la continuité de la volonté présidentielle. Un changement de cap radical à Paris pourrait donc en fragiliser la pérennité, ce qui constitue une vulnérabilité structurelle du dispositif.