Trouver des solutions au décrochage scolaire
Cahier de doléances · Jeunesse
Problème n° 1107
1 solution proposée
L’école française reste largement organisée autour de l’âge : les enfants nés la même année suivent les mêmes programmes et avancent au même rythme. Cette organisation a permis la généralisation de l’instruction et doit conserver sa fonction collective. Mais elle repose sur une approximation : l’âge d’un enfant ne dit pas ce qu’il sait.
Deux élèves d’une même classe peuvent avoir plusieurs années d’écart en mathématiques, en français ou en langues. Un même enfant peut être très avancé dans une matière et rencontrer des difficultés dans une autre. Pourtant, nous continuons souvent à le qualifier globalement de « bon », de « moyen » ou de « faible », alors que ses acquis sont beaucoup plus contrastés.
Cette rigidité devient particulièrement injuste lorsqu’une difficulté ponctuelle n’est pas corrigée à temps. Une notion mal comprise fragilise la suivante, puis une autre encore. L’enseignant voit souvent le problème, mais il doit faire avancer toute sa classe. Ce qui aurait parfois pu être réglé en quelques semaines devient progressivement un retard durable.
Je pense que nous devons cesser de confondre égalité et uniformité. L’égalité scolaire consiste à garantir à chacun les mêmes exigences fondamentales et la possibilité d’aller aussi loin que ses capacités et son travail le permettent. Elle ne devrait ni abandonner celui qui a besoin de davantage de temps, ni retenir celui qui est prêt à avancer.
Je propose donc une double appartenance. Chaque enfant resterait membre de sa classe d’âge, qui demeurerait son cadre humain, social et collectif. Mais, dans les disciplines fondamentales, il suivrait les enseignements correspondant réellement à ses acquis.
Un élève pourrait ainsi avoir un niveau de quatrième en mathématiques, de première en français et de terminale en anglais, tout en continuant à appartenir à sa classe d’âge. Il ne serait pas nécessairement placé avec des élèves beaucoup plus âgés : les groupes devraient tenir compte à la fois des connaissances et de la maturité.
Les matières dont chaque étape dépend fortement de la précédente — maîtrise de la langue, compréhension écrite, mathématiques, langues étrangères ou certains apprentissages scientifiques — seraient principalement organisées selon les acquis. D’autres enseignements, comme l’histoire, la géographie, les arts, le sport ou les grands projets collectifs, resteraient davantage liés à la classe d’âge. Certaines disciplines pourraient combiner les deux approches.
Tous les trimestres, le conseil de classe deviendrait le véritable organisateur de cette progression. Il ne se limiterait plus à commenter des moyennes. Il examinerait, matière par matière, ce qui a été acquis, les difficultés rencontrées, les efforts accomplis et ce dont l’enfant a besoin pour progresser.
Il pourrait décider d’un passage au niveau suivant, d’un maintien temporaire ou d’un module de consolidation. Trois mois plus tard, la situation serait réexaminée. Un élève pourrait donc avancer en mathématiques, consolider son français et conserver son niveau en anglais. Aucun classement ne serait définitif.
Je tiens beaucoup à ce que ces décisions restent humaines. Une moyenne générale ou un algorithme ne peut pas résumer un enfant. Une difficulté familiale, un problème de santé, une perte de confiance ou au contraire un effort récent doivent pouvoir être entendus. Les enseignants décideraient collectivement à partir de références nationales communes, puis expliqueraient leur décision à l’enfant et à sa famille.
Cette organisation devrait aussi donner davantage à ceux qui rencontrent le plus de difficultés : plus de temps, davantage d’accompagnement et, lorsque cela est nécessaire, des groupes plus petits. Traiter différemment des situations différentes ne devient juste que si les moyens supplémentaires vont réellement à ceux qui en ont besoin.
Les Établissements Scolaires Républicains permettraient de rendre cette organisation possible en mutualisant les enseignants, les locaux et les emplois du temps entre plusieurs écoles, collèges et lycées. L’individualisation ne consisterait pas à laisser l’enfant seul devant un écran : elle renforcerait au contraire le rôle de l’enseignant.
Le redoublement d’une année entière deviendrait ainsi exceptionnel. Il resterait utile lorsque les difficultés sont générales, mais une faiblesse dans une seule matière ne devrait plus obliger un enfant à recommencer indistinctement tout ce qu’il maîtrise déjà.
Je crois que l’école peut conserver un cadre commun, des programmes nationaux et une véritable vie de classe sans imposer à tous les élèves d’avancer exactement au même rythme.
Sa responsabilité ne devrait plus seulement être de faire passer une génération d’une classe à l’autre, mais de faire progresser chaque enfant dans chaque discipline, sans laisser une difficulté passagère devenir une rupture.
Proposer une solution à ce problème
Les solutions sont écrites par les inscrits, puis relues avant publication.
Partager cette page
Le lien s’ouvre sans compte et affiche son image sur les réseaux.