Depuis mon installation dans les Côtes-d’Armor, je n’ai pas réussi à trouver de médecin généraliste.
Je ne raconte pas cela pour me plaindre de ma situation. Je suis autonome, je travaille, je peux me déplacer et, jusqu’à présent, je me débrouille. Mais je prends conscience d’un profond dysfonctionnement. J’ai cherché. J’ai appelé. J’ai écrit. À la CPAM, à différentes administrations et institutions locales, départementales et nationales, jusqu’aux services du ministère de la Santé. J’ai reçu des réponses. Mais aucune n’a résolu le problème.
Chacun m’a indiqué un autre interlocuteur, une autre compétence, un autre niveau administratif auquel m’adresser. J’ai ainsi découvert une organisation dans laquelle tout le monde peut avoir correctement accompli sa mission, alors même que le citoyen reste exactement au même point. C’est peut-être ça qui m’a frappée le plus aujourd’hui dans notre fonctionnement administratif : nous avons organisé la responsabilité de chacun, mais plus personne ne semble responsable du résultat.
Je suis profondément attachée aux services publics. Je ne souhaite certainement pas leur disparition ni leur affaiblissement. Au contraire. Je souhaite pouvoir continuer à vivre dans un pays où la santé, l’éducation, la protection sociale et les services essentiels ne dépendent pas uniquement de ses revenus ou de l’endroit où l’on habite.
Mais préserver les services publics suppose aussi d’accepter de regarder leur fonctionnement avec exigence.
Lorsqu’un citoyen saisit une administration pour un problème relevant manifestement d’un service essentiel, il ne devrait pas avoir à comprendre lui-même l’architecture administrative française, identifier le bon organisme puis recommencer sa démarche.