Je travaille dans l’édition et la culture depuis près de vingt-cinq ans comme designer éditorial. C’est un métier que j’aime profondément et que j’exerce beaucoup, souvent six jours sur sept. Mais depuis quelques années, l’équation devient difficilement tenable. Il y a dix ans, dans l’édition, on pouvait nous proposer autour de 30 € la page. Après le Covid, c’est plutôt devenu 20 €, et cette année, certains grands éditeurs nous proposent 16 € pour le même travail. Pendant ce temps, nos charges, nos assurances, nos logiciels, nos frais professionnels et le coût de la vie augmentent. Nous avons donc fini par fermer notre SAS pour continuer notre activité sous un statut d’artiste-auteur, simplement parce que maintenir la structure n’avait plus de sens économiquement.
Je ne demande pas que l’on plaigne les indépendants. Nous avons choisi cette vie et nous aimons notre travail. Mais nous ne pouvons pas être éternellement la variable d’ajustement de toute une chaîne économique.
Quand le prix du travail baisse pendant que tout le reste augmente, à un moment, ce n’est plus du courage qu’il faut : c’est une équation impossible.