Et si on débranchait internet ?
Cahier de doléances · Médias
Problème n° 2630
1 solution proposée
C’est cool, internet. C’est pratique. C’est même essentiel dans nos vies. Je suis un très gros consommateur d’internet. Mais je suis de plus en plus embêté par la place néfaste que prend cet outil dans notre quotidien.
Oui, c’est très pratique. Quand j’utilise une application mail pour dénoncer mon stagiaire à mon N+1 pour un retard dans l’un de nos projets, ça me sauve les miches. Quand je demande à LLM de me donner des conseils car j’ai mal au dos ou que je veux réaliser une blanquette de veau, ça dépanne, pour la blanquette, et ça m’évite un parcours du combattant pour trouver un praticien dans le désert médical qu’est devenu le Val d’Oise. Quand je parle sur un réseau social à mamie Martine pour lui dire que je suis d’accord avec elle et que son petit-fils préféré, Nolan, ne devrait pas participer aux manifs lycéennes « aux ordres de ce salaud de Merluch », ça resserre les liens familiaux. Et quand je partage un post – sur un autre réseau social – qui parle de l’État profond et de sa propension à tous nous manipuler, je me sens à part, au-dessus de la foule. Et de temps en temps, je me marre en regardant un quidam harceler des gens pour déclencher des rires en les prankant sur une plateforme d’hébergement et de diffusion de vidéos. C’est bon enfant, c’est rigolo, c’est les réseaux sociaux, c’est le web 2.0. Je ne vais même pas faire d’ironie sur le web3, tellement cette « communauté » m’a paru malsaine et malaisante, on va rester sur le web2.
Bref, j’ai passé de très beaux moments sur internet, objectivement. Dans mon adolescence, j’y ai rencontré des amis. J’y jouais des jours durant à des jeux-vidéos, à me socialiser avec des Misfits comme moi. J’y ai appris énormément de compétences, de savoirs, sur des sujets auxquels je n’aurais jamais eu accès ailleurs. J’y ai développé mon esprit critique, mon humour. Mais franchement…
Cette année, j’ai reçu quatre mails qui commençaient tous par la même phrase, d’une délicatesse infinie : « Nous vous informons qu’un incident de sécurité a pu concerner certaines de vos données. » Traduction : mon nom, mon adresse et mon IBAN se revendent sur le dark web pour moins cher qu’un kebab.
De mon temps, la cour de récré fermait à 17 heures. Aujourd’hui, elle ne ferme plus : la moquerie, ou pire, suit les gamins dans le bus, dans leur chambre, jusque sous la couette à deux heures du matin.
Rien que cette semaine, j’ai appris que mon colis était bloqué en entrepôt (je n’ai rien commandé), que ma carte Vitale expirait (encore) et que mon compte CPF allait être clôturé (on me l’annonce depuis 2021).
Ce fameux post sur l’État profond qui veut tous nous manipuler, que j’ai partagé avec tant de conviction ? Il venait d’un compte créé mardi dernier, 12 abonnés, photo de profil générée par IA et un français qui sentait bon un service de traduction. Derrière, une ferme à trolls. Je me suis donc fait manipuler par un post qui dénonçait la manipulation, moi qui me croyais éveillé. Je ne sais pas si je dois être vexé ou admiratif.
Quant à l’algorithme, lui aussi veut que je reste éveillé, mais au sens propre : je voulais juste vérifier la météo, il est 1 h 40 et je regarde un Canadien restaurer une hache rouillée. Des ingénieurs parmi les mieux payés du monde se battent chaque jour pour me voler quatre minutes de sommeil de plus. Ils gagnent à tous les coups.
Près de chez moi, les commerces du centre-ville ferment les uns après les autres, et je trouve ça profondément triste, depuis mon canapé, en attendant mon colis. Le vrai, cette fois.
Blague à part, nous sommes extrêmement dépendants de la technologie. Ce n’est plus un outil que nous utilisons, c’est l’outil qui nous utilise. Nous sommes esclaves, et nous en sommes ravis.
On me dira que la rumeur n’a pas attendu les réseaux sociaux. C’est vrai : elle s’appelait le café du commerce. Mais lui, il fermait à 20 heures, et aucun algo ne me forçais à entrer et à écouter les débats. On me dira qu’on ne peut pas tout couper, que les hôpitaux, les banques et les avions en dépendent. C’est bien là le problème. Internet devait être la grande bibliothèque de l’humanité. On en a fait un centre commercial ouvert jour et nuit.
Donc, pour conclure : ne pourrait-on pas faire comme Scully et appeler internet pour leur demander de tout couper ? Ça ferait un bien fou à la planète et à l’humanité.
Ps : ce message, sarcastique, veut pointer un réel problème autour de notre utilisation d’internet et plus généralement des géants – américains – du web. Je ne pense pas qu’il soit possible ou même souhaitable aujourd’hui de tout couper, mais on va dans le mur. Et comble de l’ironie, ce message a été corrigé par un LLM, qui s’est même permis de me proposer quelques améliorations.
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