L'entreprise ne peut plus être une machine à profit pour quelques actionnaires ni une hiérarchie où tout s'impose d'en haut. Elle doit devenir une communauté de destin où salariés, dirigeants et territoires partagent une vision, où le travail retrouve du sens et où les bénéfices profitent d'abord à ceux qui les créent. Elle rejette deux impasses : le capitalisme financier, où délocalisations et licenciements sont la variable d'ajustement et où le court terme tue l'emploi, et l'étatisme bureaucratique, où l'initiative s'étouffe.
Trois leviers pour l'ancrer. D'abord, l'actionnariat ouvrier, non plus optionnel mais stratégique. Toute entreprise de plus de 50 salariés proposerait à ses employés d'acquérir des parts via une épargne salariale abondée, des prêts à taux zéro ou un passage en coopérative.
Ensuite, une répartition juste : au moins 20 % des bénéfices nets redistribués obligatoirement aux salariés en primes ou en abondement, selon le mérite, l'ancienneté et l'implication collective.
Enfin, la codétermination réelle. Un conseil de surveillance paritaire, composé à 50 % de salariés élus et à 50 % d'actionnaires et de territoires, avec une présidence tournante, vote à la majorité qualifiée les grandes orientations. Droit de veto salarié sur les fermetures et les délocalisations menaçant l'emploi et l'ancrage local. Assemblées ouvertes pour interroger la direction et proposer des alternatives.
Ce modèle démocratise : à Mondragon, les salariés sont propriétaires et décideurs. Il stabilise : en Émilie-Romagne, les entreprises à capital salarié survivent 30 % mieux. Il réconcilie performance et justice : les Scop ont 80 % de survie à cinq ans contre 50 % pour les classiques. Ce n'est pas une utopie, mais une nécessité éprouvée.