Je suis professeur et je sais une chose. L'école de la République ne tient plus sa promesse. Elle affiche le mérite et organise la reproduction : nulle part ailleurs dans l'OCDE l'origine sociale ne pèse autant sur les résultats, et la France est désormais dernière de l'Union européenne en mathématiques en CM1. Ce naufrage n'a rien d'une fatalité, c'est le produit de choix politiques. On a renoncé à l'exigence au nom de la bienveillance, et ce renoncement ne coûte rien aux enfants des familles qui savent décoder le système, tout aux autres, qui n'ont que l'école pour apprendre. On a brouillé les repères avec des évaluations que personne ne comprend, alors qu'un élève a le droit de savoir où il en est. On a laissé le métier de professeur se déclasser, avec des concours désertés, des contractuels envoyés devant les classes sans formation et des salaires que l'État n'ose plus défendre, tout en changeant de ministre et de cap presque chaque année, sans jamais évaluer ce qu'on défait. Le problème de l'Éducation nationale est donc moins pédagogique que politique : un État qui parle d'égalité et refuse de payer le prix de l'exigence. Redonner sa valeur à la note, rétablir de vrais seuils de passage, revaloriser ceux qui enseignent et s'interdire de tout rouvrir à chaque alternance : voilà ce qu'exige un vrai projet républicain pour l'école, qui demande du courage plus que de la communication.
Cahier de doléances · Éducation
Problème n° 338
1 solution proposée
Je propose de refonder l'école plutôt que de la rafistoler. Cela commence par une école élémentaire unique de 4 à 11 ans, qui fusionne maternelle et primaire pour supprimer la rupture entre la grande section et le CP et faire du langage oral et de la préparation à la lecture un vrai socle dès trois ans, tout en gardant la pédagogie propre aux plus petits. Cela suppose aussi la fin du collège unique, hérité de la loi Haby de 1975, qui a promis l'égalité et livré l'uniformité : après un examen national en fin de CM2 sur le modèle du Certificat d’étude, chaque élève doit accéder à une voie adaptée, générale, technologique ou professionnelle, avec des passerelles réelles dans les deux sens, et la formation doit commencer plus tôt pour que l'apprentissage cesse d'être une voie de relégation. La sélection doit être assumée, avec des seuils clairs à chaque palier, des notes qui redeviennent un repère exigeant et des épreuves nationales. Des élèves formés plus tôt et mieux préparés n'ont plus besoin de trois ans de lycée : le cycle est ramené à deux ans et le bac se passe à 17 ans. Ce bac doit retrouver sa valeur, lui qui, avec plus de 90 % de réussite et 40 % de contrôle continu, a perdu son pouvoir de tri : retour à des épreuves terminales nationales, et d’un haut niveau. Les savoirs, eux, sont refondés autour du lire, écrire, compter, des humanités et des sciences, par des programmes courts et cumulatifs écrits par des savants et des professeurs, non par des cabinets. Les enseignants retrouvent la place qu'ils méritent : salaires massivement revalorisés et indexés, protection fonctionnelle immédiate et automatique, soutien hiérarchique sans faille, car on ne rend pas à un métier son prestige en l'abandonnant face à la violence. Enfin, pour que cette ambition survive aux alternances, le ministère de l'Éducation nationale est supprimé et l'école confiée à une autorité indépendante, sur le modèle de la Banque de France, chargée des programmes, du recrutement et de l'évaluation, tandis que le Parlement fixe tous les dix ans, par une loi de programmation, le budget et les grands objectifs. L'école ne doit plus être le terrain de jeu des ministres, mais la priorité durable de la Nation.
Proposer une solution à ce problème
Les solutions sont écrites par les inscrits, puis relues avant publication.
Partager cette page
Le lien s’ouvre sans compte et affiche son image sur les réseaux.