Je suis choqué par le détournement de l’usage de la garde à vue dans notre pays !
Quand des militants s’opposent à un chantier illégal, on les place en garde à vue. Pas forcément parce qu’il y a un délit à juger, mais pour disperser, décourager, punir avant tout jugement.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Après une action devant le siège d’Amundi, 201 personnes ont été placées en garde à vue. Une seule a fait l’objet d’une enquête. 147 dossiers ont été classés pour irrégularité de la procédure. En 2023, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté a alerté le ministre de l’Intérieur sur l’usage de la garde à vue à des fins répressives. Elle a rappelé qu’elle doit reposer sur un soupçon réel contre une personne précise. Après une manifestation, 629 procédures sur 785 gardes à vue ont été classées sans suite.
Et maintenant, on nous parle de « choc carcéral » : envoyer en prison pour faire peur. Même une magistrate favorable à cette idée reconnaît qu’aucune étude ne prouve que ça marche.
Les avocats et l’Observatoire international des prisons dénoncent un « populisme pénal » : des mesures d’affichage, alors que les aménagements de peine ont fait leurs preuves contre la récidive. Les directeurs de prison eux-mêmes reprochent au ministre de concentrer les moyens sur la vitrine, pendant que la majorité des services sont à bout.
La garde à vue sert à enquêter. La prison sert à exécuter une peine décidée par un juge.
Les détourner pour faire un exemple ou pour soigner une image, c’est du gâchis : des policiers, des gendarmes, des greffiers, des magistrats mobilisés pour des procédures qui finissent à la poubelle.
Nos fonctionnaires méritent mieux que de servir de décor à des ministres.