Depuis les années 2000, un des problèmes majeurs de la santé, comme dans tous les autres domaines, c'est qu'elle est dirigée par des administratifs. Partout où j'ai travaillé en structure, ce sont les soignants qui travaillent au service des administratifs, alors que cela devrait être l'inverse. La démission des médecins-chefs dans les CHU au moment du COVID témoigne de cette perte de terrain du soin au profit de la gestion administrative. Perte de sens, manque de reconnaissance, méconnaissance absolue du terrain, méconnaissance absolue du soin.
On essaie de régler les problèmes en créant d'autres problèmes, car on ne règle pas la source du problème. Par exemple, on va faire venir des intervenants extérieurs pour que les soignants expriment leur mal-être vis-à-vis de situations qu'ils ont vécues face à des patients, mais il est interdit de critiquer le système ou les dirigeants (c'est du vécu). Donc on dépense des milliers d'euros en blabla (c'était vraiment ridicule), au lieu de payer un soignant, ce qui est la vraie source du problème. Mais le système fait que, pour la certification, il vaut mieux cocher les cases, comme le fait que les soignants puissent exprimer leur malaise, plutôt que d'avoir plus de soignants.
Le système fait qu'aujourd'hui, un centre de soins va recevoir plus d'argent s'il a mis en place du blabla, s'il a une directrice des soins et tout le régiment administratif, plutôt que de faire du soin. On marche sur la tête, on a perdu l'essence même du pourquoi un centre de soins existe. Bref, nous sommes dans un pays de tertiaires de bureau, on considère que les choses se règlent en réunion ou devant un tableur Excel plutôt que sur le terrain. J'ai pris le soin comme exemple, car c'est mon vécu, mais c'est pareil partout ailleurs.