J’habite à Chardonnay, en Saône-et-Loire. Il n’y a pas d’école dans le village : les enfants rejoignent en car un regroupement pédagogique intercommunal, dans une commune voisine. Plus personne ne s’en étonne. C’est pourtant le point d’arrivée d’un mécanisme national, et ce mécanisme continue de tourner ailleurs.
Le 25 avril 2019, le président de la République s’est engagé à ce qu’aucune école ne ferme sans l’accord du maire. L’engagement porte sur l’école. Il ne porte pas sur la classe.
Or une école ne ferme jamais d’un coup. Elle perd une classe, puis une autre. Elle passe en classe unique, puis en regroupement pédagogique intercommunal. Quand la fermeture arrive enfin, le maire donne son accord parce qu’il ne reste plus rien à défendre. L’engagement de 2019 protège le dernier maillon d’une chaîne qu’il laisse entièrement libre.
Les chiffres le montrent. À la rentrée 2022, 123 écoles rurales ont fermé, dont 68 en rural éloigné, sur 8 122 — et toutes « en accord avec les communes ». À la rentrée 2025, le premier degré a perdu 80 000 élèves, et la baisse s’accélère en 2026.
Et chaque classe fermée fait partir un ménage avec de jeunes enfants vers le bourg-centre, ce qui fait baisser l’effectif de l’année suivante. La fermeture d’aujourd’hui fabrique celle de l’an prochain.
Pour une famille qui envisage de s’installer, l’école est le premier critère. Un village sans école ne se dépeuple pas brutalement : il cesse simplement d’être une option.