Je suis professeur certifié titulaire en collèges et lycées depuis 20 ans. En 20 ans, j'ai pu observer un changement très net du rapport des élèves avec l'Institution : l'autorité, les apprentissages, le décrochage scolaire, les orientations subies, etc. J'ai pu également observer un changement de posture de la part des équipes éducatives : une démotivation, un ras-le-bol de l'infantilisation exercée par l'Institution, un fort décalage entre les capacités réelles des élèves et les directives du Ministère. Bref, nous — enseignants et personnel d'éducation — sommes de plus en plus « démunis » face au niveau décroissant de nos élèves, face à l'extraordinaire hétérogénéité de niveau au sein d'une classe et face aux décrocheurs qui « pourrissent » bien souvent les séances de cours. Le problème majeur vient du fait que NOUS NE SOMMES PAS ASSEZ PRÉSENTS DANS LES ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES !
Cahier de doléances · Éducation
Problème n° 5075
1 solution proposée
La proposition de Natacha Polony de revaloriser les salaires des enseignants est une priorité, certes, pour rétablir un gel des salaires depuis trop longtemps et pour rendre le métier plus attractif. Mais cette revalorisation de salaire doit s’accompagner d’un temps de service plus important qu’actuellement (agrégés 15 h - certifiés 18 h). À ce temps de service hebdomadaire en face à face avec nos classes, nous devrions ajouter 10 h de présence supplémentaires dans nos établissements pour : préparer nos cours, corriger nos copies, accompagner les élèves dans leur orientation, nous réunir en équipes pédagogiques et disciplinaires, effectuer des remplacements de courte durée (RCD) qui sont aujourd’hui sur la seule base du volontariat, élaborer et mener les différents projets d’établissement et interdisciplinaires, assurer les heures dites de « permanence ». Les élèves ne doivent plus rester des heures « désœuvrés » à attendre passivement le cours suivant. Il ne me semble pas « délirant » de demander aux enseignants d’effectuer sur site 25 h ou 28 h hebdomadaires selon le grade. Cela permettrait de combler très rapidement toutes les « heures perdues » dans le parcours scolaire d’un collégien ou d’un lycéen, de renforcer le travail en équipe, de mieux connaître nos élèves et d’assurer une forte présence d’adultes dans les établissements. Aujourd’hui, je ne fais que « croiser » mes collègues dans les couloirs ou en salle de profs et nous échangeons presque exclusivement sur la messagerie Pronote. Ça n’est pas satisfaisant. Nous pourrions également rétablir les PEGC (enseigner deux disciplines) qui ont quasiment disparu. Je suis professeur de langues étrangères et je devrais pouvoir — si je le souhaite — me former pour enseigner une seconde discipline dite « fondamentale » (français, maths, H-G, etc.) pour renforcer le dispositif de remplacements ou pour assurer un complément de service lorsque je n’ai pas assez d’heures dans mon établissement. Aujourd’hui je dois effectuer un complément de service dans un autre établissement, ce qui engendre des problèmes de compatibilité d’emplois du temps, de transports, d’investissement dans chaque équipe, etc.
Côté élèves : revoir les rythmes scolaires journaliers et les congés intermédiaires. Les fondamentaux le matin, les disciplines artistiques, sportives et culturelles l’après-midi. Cela impliquerait de réduire les congés « intermédiaires » (congés d’automne et d’hiver) car nous l’observons de plus en plus : après 15 jours de congés les élèves ont décroché et à chaque retour en classe il nous faut très souvent une semaine de remise au travail.
Que de temps et d’énergie perdus ! Nous n’en avons plus les moyens !
En résumé :
- salaires revalorisés (entre 20 et 30 %)
- temps de service augmenté (+10 h)
- remplacements de courte durée assurés intra-établissement
- présence d’adultes renforcée dans les établissements
- rythmes scolaires adaptés
Merci d’avoir pris le temps de me lire. Très motivé pour faire évoluer les choses dans le bon sens et sur la base de mon expérience quotidienne auprès des collégiens et lycéens de notre école publique qui sont la force vive du monde de demain. Cette même école publique qui m’a permis il y a fort longtemps de devenir l’enseignant que je suis et de transmettre aux générations suivantes. Je reste disponible, j’ai du temps à dédier pour un véritable changement de cap à l’Éducation nationale.
Bien cordialement,
Laurent Pszenica
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