L’inflation des programmes est contre-productive, sinon pour faire émerger une petite élite et apprendre aux autres qu’ils ne sont pas à la hauteur (ce qui est une fabrique à exclusion et à ressentiment) : même les bons élèves font de l’abattage au lieu de comprendre et d’apprendre.
Résultat : des horaires chargés, survalorisant le concept, mais surtout tous ces savoirs s’évaporent au fur et à mesure. C’est une longue suite de corvées pour les plus dociles qui vont jusqu’au bac : on est loin d’un processus d’apprentissage, mais dans un simulacre mécanique qui dénature aussi le goût de l’effort et dévalue le savoir.
Cahier de doléances · Éducation
Problème n° 5473
1 solution proposée
Passer d’objectifs d’apprentissage quantitatifs à du qualitatif : c’est resserrer (élaguer intelligemment mais fortement) les programmes pour transmettre des savoirs fondamentaux et des éléments forts porteurs de sens et utiles ; c’est abandonner l’objectif de tout transmettre et décider d’éveiller la compréhension et l’appropriation de points de repère fondamentaux à de futurs citoyens fiers de leur passage à l’école. C’est apprendre à réfléchir avant tout.
Bref, se demander à quoi sert telle connaissance, sous cette forme, à tel âge : si c’est pas assimilable, ça sert à rien.
Exemple concret #1 : l’objectif en langue n’est pas de devenir grammairien mais de pouvoir communiquer : savoir parler une langue, oser exprimer et comprendre des idées et des nuances, en français, espagnol, anglais, etc. La grammaire, savoir nommer les figures de style devraient venir après, quand cela apporte quelque chose ou pour ceux qui se spécialisent.
Exemple concret #2 : varier les approches et les modalités pour les différents besoins d’appréhension, c.-à-d. sortir de la prévalence de l’académisme et du conceptuel. Je n’ai compris ce qu’était une fonction que des années après le bac (« une boîte magique, on met un nombre dedans et il en sort un autre nombre ») : aucun de mes profs n’a su faire autre chose que répéter la définition académique, incompréhensible pour moi. Cf. maths de Singapour, les approches visuelles, pratiques, projet, etc.
Exemple concret #3 : apprendre une suite de faits datés n’a aucun intérêt si on n’y comprend rien, la Renaissance est impossible à comprendre pour un élève de 5e qui ne sait pas comment l’homme du Moyen Âge percevait le monde et sa place sur Terre ; expliquer les massacres de la Saint-Barthélemy comme une suite d’évènements sans expliquer le narratif catholique ancré chez les fidèles (les protestants ne sont pas vraiment humains mais des animaux – des nuisibles : un catholique a donc le devoir de ne pas laisser subsister de mauvaise herbe afin de servir Dieu et d’aller au paradis). Parler du stalinisme, maoïsme, etc. sans éléments concrets de ce qu’est alors la vie, nassée par la propagande dès le berceau, par la radio omniprésente qu’on ne peut baisser sans risquer le goulag. Bref l’histoire devrait être une histoire vivante et sensible. (PS ce ne sont que des exemples amateurs à titre d’illustration, je ne suis pas historienne).
Exemple concret #4 : plutôt que de focaliser sur le savoir à recracher par cœur (qui a de l’intérêt ensuite, pas pour démarrer et éveiller la curiosité), focaliser sur l’appropriation (= faire réfléchir à pourquoi c’est arrivé, le sens et l’impact que cela a eu, ce que cela implique concrètement, et si c’était pas arrivé, ce qu’en pense l’élève, etc.)
Et SURTOUT : écouter ceux qui savent (les professeurs qui ont fait des expérimentations qui marchent, les chercheurs en sciences de l’éduc « Cessons de démotiver les élèves », etc.) : des experts terrain de qualité, on en a plein !
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