Madame,
Je viens de rejoindre le comité de bassin des Bouches-du-Rhône et j’ai lu avec attention le cahier de doléances. J’en partage la démarche, c’est pourquoi je vous écris franchement : il manque à la méthode un point essentiel, presque jamais abordé en politique, qui décidera de la crédibilité de votre projet.
I. Le constat
Le cahier de doléances fait un travail remarquable. Les Français y décrivent eux-mêmes, thème par thème, leurs problèmes et leurs solutions. Beaucoup de propositions sont argumentées et de bon sens : elles posent les bases d’un vrai programme.
Mais depuis des décennies, les Français ont vu des réformes annoncées puis abandonnées, des engagements perdus dans les procédures. Leur défiance vient surtout de l’écart entre ce qui est promis et ce qui est fait. Vous avez vous-même dénoncé « l’incapacité à penser le temps ». C’est le sujet de cette lettre.
II. Le problème
Une mesure, aussi juste soit-elle, ne vaut rien si elle ne peut pas être appliquée pendant le mandat. Or presque toutes se heurtent à la lourdeur de nos institutions, de notre droit et de nos procédures. Tant que ce problème n’est pas traité, le programme reste théorique et rien ne changera.
Exemple dans mon domaine, les piscines publiques : plus de 70 % du parc a besoin d’une rénovation lourde. Les élus veulent agir, mais les outils de la commande publique ne correspondent plus aux besoins des territoires ni des collectivités.
Résultat :
Le parc vieillit.
Les projets mettent des années à sortir de terre.
Ils sont déjà dépassés à leur livraison.
Les entreprises proposent des solutions innovantes, notamment énergétiques, que les collectivités ne peuvent pas acheter car le droit l’interdit ou le complique.
Voilà une mesure utile rendue inapplicable par le droit. C’est vrai pour presque toutes les mesures du cahier : école, santé, logement, industrie ou agriculture se heurtent au même mur, des procédures conçues pour un autre temps.