Natacha Polony — Ensemble, bousculons l’entre-soi politique

← Éducation

Cahier de doléances · Éducation

Problème n° 6847

J’ai enseigné pendant vingt-sept ans. Il y a une chose que je n’ai jamais comprise, et que je ne comprends toujours pas : pourquoi l’enseignement professionnel et l’enseignement général se font-ils dans des bâtiments séparés ?

Cette séparation n’a jamais été décidée. Elle a été héritée, puis reconduite de réforme en réforme. En 1959, les centres d’apprentissage deviennent collèges d’enseignement technique. En 1976, ceux-ci deviennent lycées d’enseignement professionnel. En 1985, ils deviennent lycées professionnels — avec, dans le texte, l’objectif de leur conférer une « égale dignité » avec les lycées classiques et technologiques.

Cette formule dit tout. On ne proclame l’égale dignité qu’entre des choses qu’on a décidé de garder séparées.

Ce que la séparation produit, je l’ai vu chaque année. L’orientation n’est pas vécue comme le choix d’une voie, mais comme un départ : on quitte son établissement, ses camarades, parfois sa commune. Les enseignants des deux voies ne se croisent jamais — pas la même salle des professeurs, pas le même bâtiment, pas la même culture professionnelle. Les passerelles existent sur le papier, mais les emprunter suppose de changer d’établissement, ce qui n’est pas un détail à seize ans.

Tant que les murs séparent, aucune campagne de revalorisation ne peut fonctionner. On ne décrète pas l’égale dignité de deux lieux dont l’un est manifestement celui où l’on va quand on n’a pas réussi ailleurs.

La réforme de 2023 l’a prouvé par l’absurde. Un milliard d’euros par an, la gratification des stages, jusqu’à 7 500 euros bruts annuels pour les enseignants, quatre-vingts formations fermées et cent cinquante créées, une demi-journée de découverte des métiers dès la cinquième. Trois axes affichés : le décrochage, l’insertion, l’engagement des enseignants. Pas une mesure sur la séparation.

Six mois après leur diplôme, 40 % des bacheliers professionnels ont un emploi.

Et quand les murs tombent, on s’arrête en chemin. Les lycées polyvalents réunis

Depuis Saône-et-Loire (71) · 19 octobre

1 solution proposée

Solution n° 6848Niveau : État

Deux mesures.

1. Tout nouvel établissement, toute reconstruction, toute rénovation lourde se fait en lycée polyvalent : les trois voies sur un même site, un seul nom sur la façade.

On ne demande pas de démolir l’existant ni de lancer un plan de construction. On demande seulement que la séparation cesse d’être reconduite chaque fois qu’on bâtit. Le parc scolaire se renouvelle en permanence : en vingt ans, cette seule règle aura changé le paysage sans qu’aucun programme ait eu à être financé pour elle.

2. Un enseignement professionnel obligatoire pour tous les élèves, voie générale comprise — obligatoire dans son principe, libre dans son choix.

Mécanique, menuiserie, couture, cuisine, électricité : l’élève choisit lequel. Mais il en suit un.

Là où les lycées sont déjà polyvalents, cette mesure ne demande ni construction, ni machine, ni recrutement. Les ateliers existent, les professeurs aussi, les élèves sont dans le même bâtiment. Il ne manque qu’une ligne dans une grille horaire.

POURQUOI UN ATELIER, ET PAS UNE OPTION DE PLUS

Pour une raison qui n’a rien à voir avec l’égalité entre les voies.

Dans un atelier, la sanction est immédiate, et elle n’est pas prononcée par un professeur. Si la consigne n’a pas été respectée, le meuble ne ferme pas, le moteur ne démarre pas, la couture tire de travers. Personne ne peut dire que le professeur a été injuste, qu’il note à la tête du client, qu’il ne l’aime pas. C’est la matière qui juge, et elle ne connaît ni les favoris ni les mauvais jours.

Cela change entièrement le rapport à l’erreur. Dans les matières générales, une erreur est une perte : des points en moins, une note, et l’on passe au chapitre suivant. Dans un atelier, une erreur est une information : elle dit ce qu’il faut reprendre, et on reprend. L’élève voit où il s’est trompé, il le voit seul, et il peut y remédier.

Et l’on n’y bluffe pas. Un devoir se délaye. Une mesure, non.

CE N’EST PAS UNE IDÉE NEUVE

Le plan Langevin-Wallon, remis au gouvernement en juin 1947, proposait exactement cela : la revalorisation du travail manuel allant de pair avec l’accès de chacun à une solide culture, et la reconnaissance de la dimension culturelle de la technique. Pour tous les élèves, sans distinction de voie.

Il n’a jamais été appliqué — non pour des raisons pédagogiques, mais parce qu’au moment où la commission a rendu son rapport, le gouvernement avait été remanié.

Soixante-dix-huit ans plus tard, on cite encore ce plan dans les préfaces des réformes. On ne l’a toujours pas lu.

Depuis Saône-et-Loire (71) · 19 octobre

Proposer une solution à ce problème

Les solutions sont écrites par les inscrits, puis relues avant publication.

Je propose une solution

Partager cette page

Le lien s’ouvre sans compte et affiche son image sur les réseaux.

Faire un don Je souhaite rejoindre

Rejoindre le mouvement

Je souhaite rejoindre

L’inscription est gratuite, et le don facultatif. Laissez votre adresse : vous recevrez votre invitation par courriel.

Protection de vos données. Les deux champs sont obligatoires. Natacha Polony traite ces informations, ainsi que la source de votre visite, sur la base de votre consentement, uniquement pour vous tenir informé de ses prochaines étapes et mesurer la provenance des participations. Votre inscription est enregistrée dès l’envoi du formulaire. Vous pouvez retirer votre consentement et exercer vos droits à tout moment. En savoir plus sur vos droits et l’utilisation de vos données.

Déjà inscrit ? Connectez-vous.