Je suis chercheur en lettres et j’ai enseigné le français ces dernières années en contractuel dans des établissements privés (niveau lycée). J’ai rencontré certains mêmes problèmes que ceux dénoncés dans les établissements publics (et pourtant il s’agissait de lycées de province réputés) : 36 élèves par classe, beaucoup d’aménagements à respecter pour plusieurs d’entre eux et en réalité, la majorité des élèves de la classe avaient des difficultés à suivre : les exercices traditionnels ne leur sont pas accessibles, ni les textes étudiés. Beaucoup d’entre eux se découragent et ne voient pas l’intérêt des cours de français (de la littérature en général, or, au lycée, le programme est beaucoup plus axé sur l’étude des textes et de la littérature, même si depuis plusieurs années les programmes tendent à réintroduire des notions de grammaire censées être acquises au collège).
Pourquoi s’obstiner à enseigner dans un seul et même cours la littérature à des élèves qui ne maîtrisent pas la langue française ?
Il me semble que dans certains pays (comme l’Espagne), il existe des cours de langue (pour apprendre à utiliser sa langue correctement, à l’écrit, à l’oral, etc.) et des cours de littérature. Je ne crois pas qu’il faudrait dispenser les élèves de littérature mais au moins repenser l’enseignement du français et privilégier sa maîtrise linguistique, utile à tous et à toutes par la suite, sans forcément imposer à chacun les cours de français tels qu’ils sont pensés aujourd’hui (c’est très frustrant à la fois en tant qu’enseignant qui aime sa matière, et en tant qu’élève qui est en véritable difficulté linguistique avec sa propre langue et qui ne parvient donc pas à rentrer dans des textes du XIXe siècle – ou pire, des textes du XVIe siècle ou du Moyen Âge comme c’est le programme en 2de !)