Intelligence artificielle : organiser notre capacité à choisir
L’intelligence artificielle engage bien davantage que l’avenir de quelques métiers. Elle pose une question politique fondamentale : qui pourra encore comprendre, décider et agir lorsque nos services publics, nos entreprises et nos savoirs dépendront de systèmes contrôlés par quelques acteurs ?
Nous devons prendre cette transformation au sérieux, sans annoncer comme certaines des catastrophes ou des promesses que personne ne sait précisément prévoir. Cette incertitude impose une méthode : expérimenter, mesurer, protéger les personnes et conserver la possibilité de changer de direction.
Je propose une politique publique fondée sur cinq engagements.
1. Garantir une maîtrise effective.
Un humain chargé de valider une décision doit disposer du temps, des compétences et du pouvoir nécessaires pour la contester. Pour toute décision affectant les droits d’une personne, un recours humain accessible doit permettre de réexaminer la situation et de corriger une erreur.
2. Expérimenter avant de généraliser.
Chaque déploiement important devrait annoncer son objectif, son responsable, son coût complet et ses critères de réussite. Les expérimentations seraient limitées dans le temps et évaluées indépendamment du fournisseur : qualité du service, erreurs, charge de travail, effets sur l’emploi, consommation de ressources. Leurs résultats, y compris les échecs, seraient rendus publics dans le respect des données personnelles et de la sécurité.
3. Construire une souveraineté qui se vérifie.
Finançons la recherche, les infrastructures et les solutions françaises et européennes par des commandes exigeantes, ouvertes à plusieurs acteurs. La souveraineté doit se mesurer à notre capacité de faire fonctionner un service, de le réparer et de remplacer son fournisseur. La récupération des données, la conservation du travail accompli et la possibilité de migration doivent être testées, pas seulement promises dans un contrat.