Nos enfants sont déprimés et ont peur de l’avenir.
Cahier de doléances · Éducation
Problème n° 8082
1 solution proposée
Il n’y a pas de métiers manuels, il y a des métiers actifs
Partie 1/3 – Christophe Beaulé, frigoriste, fondateur de Kit Eco Cooling
J’ai récemment proposé ici une piste pour augmenter les salaires au niveau du SMIC. Je voudrais aujourd’hui aborder la question sous un autre angle : celui des mots que nous employons pour parler du travail, et de l’état d’esprit du pays.
Des mots d’un autre siècle
On oppose encore « travail manuel » et « travail intellectuel ». Cette distinction me paraît complètement obsolète, et elle fait du tort à des millions de professionnels.
Je parle d’expérience. Je suis frigoriste. J’ai un CAP d’ébéniste, un diplôme en informatique. J’ai travaillé sur des machines spéciales, j’ai été administrateur système Unix, puis je me suis formé à l’AFPA au froid pour la cuisine professionnelle. Qu’on qualifie mon métier de « manuel » me paraît absurde.
Dans les années 1930, l’ébéniste qui préparait ses planches fournissait un effort physique considérable, et la part de réflexion restait modeste en proportion. Aujourd’hui, c’est l’inverse. On visse à la visseuse, on scie et on dégauchit sur des machines-outils, on lève les charges au chariot télescopique. Maçon, charpentier, couvreur, électricien, frigoriste : dans tous ces corps de métier, l’effort physique s’est allégé, et la part de connaissance, de diagnostic, de calcul et de technologie n’a cessé de grandir.
Je propose donc de changer de vocabulaire. Plutôt qu’opposer le manuel et l’intellectuel, parlons de métiers intellectuels statiques, exercés derrière un bureau, et de métiers intellectuels actifs, qui associent la réflexion à l’action sur le terrain. Les mots fabriquent la considération. Tant qu’on dira « manuel », on dira implicitement « moins qualifié », et on continuera de détourner nos jeunes de métiers passionnants, utiles et bien payés.
Tout est à reconstruire, et c’est une chance
Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne était rasée et désindustrialisée, et elle a tout reconstruit. La France d’aujourd’hui est elle aussi désindustrialisée, mais elle part avec des atouts que l’Allemagne de 1945 n’avait pas : des ingénieurs, des chercheurs, des capitaux, et une jeunesse qui a envie de travailler et qui cherche sa voie. Pourtant, un sentiment de morosité générale domine, comme si tout était joué. C’est le contraire : quand il faut tout reconstruire, il y a énormément de travail.
Un pays, c’est un peu comme une troupe : son moral compte autant que ses moyens. Un chef qui répète à ses hommes que la bataille est perdue d’avance les fait battre avant même le premier combat. Celui qui leur montre l’objectif, leur donne une mission claire et reconnaît la valeur de chacun en fait une force. Aujourd’hui, on parle aux Français de déclin, de chômage et de remplacement par les machines. Parlons-leur plutôt de chantiers, de reconstruction et de fierté du métier.
Dans un prochain texte : pourquoi il faut d’abord protéger nos enfants.
Christophe Beaulé, frigoriste, fondateur de Kit Eco Cooling
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