Nos enfants vont mal
Cahier de doléances · Éducation
Problème n° 8086
1 solution proposée
L’IA ne construira pas nos usines, nos inventeurs le peuvent
Partie 3/3 – Christophe Beaulé, frigoriste, fondateur de Kit Eco Cooling
Après avoir parlé des mots du travail puis de l’éducation de nos enfants, je termine par deux freins qui bloquent le pays : la peur de l’intelligence artificielle et l’oubli de nos inventeurs.
L’IA, une peur entretenue
La désinformation sur les capacités de l’intelligence artificielle fait partie de ces techniques de manipulation. Bien sûr, entre de mauvaises mains, l’IA peut devenir une arme redoutable. Mais pour détruire notre activité, à nous Français qui ne sommes pas en tête de l’industrie mécanisée, le risque est bien plus faible qu’on ne l’imagine.
Prenez un geste aussi simple que déplacer une bouteille d’eau posée sur une table. Même le robot le plus perfectionné ne le fera que si on le lui a appris ou si on lui en donne l’ordre. Alors construire une usine, moderniser un réseau, installer et régler des machines dans un bâtiment réel, avec ses imprévus… L’IA est un formidable outil pour réfléchir, calculer et concevoir. Mais pour transformer physiquement notre pays et faire face au changement climatique, ce sont des femmes et des hommes de métier qu’il faudra. Il y aura des quantités de machines à installer, de robots à mettre en place, de procédés à automatiser : ce sont des métiers de haute technologie, et l’IA y sera un outil de plus dans la caisse, pas un concurrent.
Nos inventions dorment dans les cartons
Les solutions existent. Ce week-end, j’ai rencontré un inventeur qui a breveté un système de stockage de l’eau dans le sol, au cœur d’un granulat de gravier, sur lequel on peut marcher et même construire. Contrairement à une bassine à ciel ouvert, où l’eau chauffe au soleil, se charge de bactéries et devient impropre même quand elle sortait propre d’un puits, l’eau reste ici à l’abri de la lumière et de la chaleur, et donc potable.
Des inventions comme celle-là, il y en a des centaines. Mais elles n’ont aucune place dans l’information, et personne n’est chargé, en permanence, de repérer ceux qui seront les acteurs majeurs de demain. J’en parle en connaissance de cause : en France, les trois quarts des inventions restent enfouies dans les cartons. Le concours Lépine, présenté comme la vitrine des inventeurs, représente pour quelqu’un du sud de la France 2 000 km aller-retour et au moins 5 000 € de frais. Quand on investit déjà tout ce qu’on a pour développer son projet, on y réfléchit à deux fois. D’autres concours existent et font un travail remarquable, mais ils n’ont pas la notoriété nécessaire pour révéler au grand public des innovations pourtant superbes. Il faudrait un véritable dispositif, au plus près des territoires, chargé de détecter, de faire connaître et d’accompagner ces inventions.
Laisser sortir le poussin de l’œuf
Il faut redonner à notre jeunesse l’envie d’inventer, d’innover et d’entreprendre. Et il faut cesser de laisser ceux qui, y compris depuis l’étranger, ont intérêt à notre résignation diffuser des messages qui découragent toute pensée et toute volonté d’avancer. À force d’entendre que tout est perdu, même un poussin n’oserait plus briser sa coquille pour aller courir et gambader dans l’herbe pour la première fois. Notre jeunesse est ce poussin. Donnons-lui l’envie de sortir de l’œuf : le terrain est immense, et tout est à construire.
Christophe Beaulé, frigoriste, fondateur de Kit Eco Cooling
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