Il n'y a pas eu de politique culturelle depuis Malraux. La politique de Jack Lang a certes permis de multiplier les projets artistiques sur les territoires, mais depuis, plus rien : aucune politique culturelle d'État n'a vu le jour. Les divers gouvernements se sont endormis, comme si tout avait été fait et qu'il n'y aurait plus rien à faire. Or, depuis la fin des années 90, avec le développement d'Internet, de nouveaux usages apparaissent et des conséquences graves se sont faites sentir.
En premier lieu, nous sommes passés en mode « consommation » de biens culturels, et non plus à nous émouvoir devant une œuvre artistique. C'était la première révolution. La deuxième est que de grandes multinationales sont en train de racheter les organes de production et « forcent » les autres acteurs du secteur à fonctionner avec elles, désormais incontournables (Live Nation pour la musique, Netflix), la plupart du temps en proposant un contenu médiocre.
La troisième révolution est bien sûr celle de l'IA : le secteur culturel est attaqué de plein fouet. Le public ne fait plus la différence entre ce qui est humain et ce qui relève de la machine (l'affaire Orelien en témoigne). Or, l'acte de création ne peut se résumer à un prompt, si belle l'idée soit-elle. Le pacte tacite de confiance entre créateur et public est rompu. Nous laissons notre espace individuel cognitif aux mains de la big tech et nous leur laissons nos émotions.
C'est un déplacement anthropologique majeur dont les conséquences sont graves et peut-être pas encore assez définies... Conséquences qui s'étaleront dans d'autres domaines moins « inutiles » que la culture (la recherche, par exemple), mais tout le monde s'en fout.