L’administration des hôpitaux et cliniques est, depuis de nombreuses années maintenant, le fait d’administratifs ayant obtenu des diplômes de direction d’hôpital. Or, ces personnes ne connaissent pas le premier bout du travail des médecins et infirmières et prennent des décisions fondées uniquement sur des calculs qui excluent l’humain, dans ces métiers profondément humains. Cela donne ce que l’on voit aujourd’hui : l’absence de prise en compte des réalités de l’hôpital, les urgences qui débordent, le manque de personnel soignant, les déficits et, paradoxalement, une inflation d’administratifs qui réglementent et contraignent. Sans compter tous les fonctionnaires des ARS qui rajoutent à la lourdeur des décisions.
Cahier de doléances · Santé
Problème n° 85
2 solutions proposées
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Redonnons aux médecins la gestion des structures de santé. On pourrait prévoir un directeur financier pour les seconder et faire les calculs, mais ce sont les médecins qui connaissent le mieux les besoins des patients et qui sont les mieux placés pour prendre des décisions. Il faut de l’agilité et de la connaissance du terrain pour prendre des décisions sensées.
Sur la question de la place de l’administratif à l’hôpital, il y a au moins un point auquel je peux répondre précisément : nous devrions retirer aux soignants tout le temps qui ne soigne pas.
Le temps de soin est l’une des ressources les plus précieuses de notre système de santé. Lorsqu’un médecin, un infirmier ou un aide-soignant accomplit une tâche qui ne nécessite pas sa compétence, nous ne perdons pas seulement quelques minutes : nous gaspillons des années de formation et nous retirons du temps à un patient.
Cela ne signifie pas que tout ce qui éloigne momentanément le professionnel du malade est inutile. Renseigner correctement un dossier, transmettre une information, expliquer une décision à une famille, coordonner une prise en charge ou analyser une erreur font pleinement partie du soin. La vraie distinction est entre ce qui contribue à la qualité, à la sécurité ou à la continuité des soins et ce qui ne sert qu’au fonctionnement administratif du système.
Je partirais donc d’une règle simple : chaque tâche doit être accomplie par la personne dont elle nécessite réellement la compétence.
Un médecin ne devrait pas faire ce qu’un autre professionnel peut réaliser avec la même qualité et la même sécurité. Un infirmier ne devrait pas quitter ses patients pour rechercher un équipement, organiser un transport ou résoudre un problème de planning. Un aide-soignant ne devrait pas compenser les défaillances logistiques de son établissement.
Aucun professionnel ne devrait devenir l’assistant administratif improvisé du système dans lequel il travaille.
Cela ne consiste évidemment pas à déplacer les tâches vers d’autres soignants déjà surchargés. Toute délégation doit reposer sur une compétence définie, une formation adaptée, des moyens suffisants et une responsabilité claire. Déplacer une mauvaise organisation ne la supprime pas.
La première priorité devrait donc être de supprimer les procédures inutiles. Notre système a accumulé formulaires, validations, doubles saisies, certificats et demandes de justification. Toute procédure imposée à un soignant devrait répondre à trois questions : améliore-t-elle réellement le soin ou sa sécurité ? Nécessite-t-elle une compétence soignante ? L’information demandée existe-t-elle déjà ailleurs ?
Si elle n’améliore ni le soin ni sa sécurité, elle devrait disparaître. Si elle reste nécessaire mais ne requiert pas un soignant, elle devrait être confiée à un service dédié. Si l’information existe déjà, le système devrait la récupérer lui-même.
Nous devrions surtout commencer à mesurer le coût de l’administration en temps de soin. Une nouvelle procédure peut sembler gratuite parce qu’elle ne nécessite aucun budget supplémentaire, alors qu’elle coûte des milliers d’heures médicales ou infirmières. Aucune nouvelle obligation administrative ne devrait être créée sans que ce coût soit évalué.
Il faut parallèlement redonner toute leur importance aux métiers qui soutiennent directement les équipes : secrétaires médicales, assistants, brancardiers, logisticiens, gestionnaires de lits, personnels chargés du matériel ou des transports. Supprimer ces fonctions peut produire une économie apparente. Mais si leurs tâches sont ensuite accomplies par des médecins ou des infirmiers, l’hôpital n’a rien économisé : il a simplement confié la même tâche à une compétence beaucoup plus rare.
Le numérique et l’intelligence artificielle devraient suivre la même règle. Leur réussite ne devrait pas être mesurée au nombre de fonctions proposées, mais au nombre de minutes réellement rendues aux professionnels. Ils pourraient préparer des comptes rendus, récupérer les informations déjà disponibles, mettre en forme des prescriptions ou automatiser certaines formalités. La machine prépare, recherche, transcrit et vérifie ; le professionnel décide et valide.
Enfin, cette transformation devrait être conduite avec les équipes elles-mêmes. Ce sont elles qui savent quelles tâches sont indispensables, lesquelles peuvent être simplifiées, automatisées, confiées à d’autres ou supprimées.
Et le temps libéré ne devrait pas immédiatement devenir un nouvel objectif de productivité. Rendre dix minutes à un médecin ne signifie pas nécessairement lui demander de voir un patient supplémentaire. Ces dix minutes peuvent permettre de mieux écouter, expliquer, réfléchir, coordonner ou parler à une famille.
L’administration est nécessaire à l’hôpital. Mais elle devrait être organisée autour d’une seule question : aide-t-elle réellement ceux qui soignent à mieux soigner ?
Le temps rendu au soignant doit rester du temps rendu au soin.
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